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VIE ET TRADITIONS DU SANCTUAIRE

Rattachée à la paroisse, Notre-Dame du Devens était, depuis le XVIe siècle au moins, gérée par une confrérie ou « luminaire » du même nom. Rassemblant probablement les laboureurs du quartier à l’origine, elle sera dirigée à partir du XVIIe siècle par des prieurs de catégorie sociale supérieure, marchands ou apothicaires notamment. Cette association prenait en charge les aménagements, l’ornementation, et plus généralement la vie laïque du sanctuaire. Après la reconstruction de 1656, plusieurs autres confréries viennent y tenir autel, et des corps de métier s’y font représenter à travers leurs saints patrons et les tableaux qui les figurent. On trouve ainsi dès 1692 des retables dédiés à saint Pierre, patron des pêcheurs, saint Nicolas de Tolentino, protecteur des mariniers, et sainte Maxime, patronne des bergers. Au XVIIIe siècle, Notre-Dame du Devens devient la principale chapelle de terroir des Marignanais.

 

C’est tout naturellement vers elle que convergent les fêtes paroissiales et votives, marquées par la procession et le romérage de la Nativité de Notre-Dame du 8 septembre. Elle s’impose dans le calendrier local à partir des années 1650, détrônant l’ancestrale fête de l’Annonciation du 25 mars. Sans qu’elle soit explicitement citée dans les archives, on la devine à travers sa date fixée comme terme des travaux et chantiers commandés à cette période. En 1684 apparaissent dans les comptes municipaux les dépenses pour des violons accompagnant les deux processions de la Notre-Dame du 8 septembre, ainsi historiquement attestée à Marignane pour la première fois. La descente de la statue la veille y est donc déjà pratiquée et tout indique une organisation perpétuée jusqu’au XXe siècle : procession du 7 septembre au soir jusqu’à la chapelle Sainte-Anne (ou remise de la Vierge dans les entrailles de sa mère), puis cortège le jour de sa Nativité vers l’église, exposition de son image dans la paroissiale, enfin procession retour le 21 septembre avec commémoration du vœu de la Saint-Mathieu par les édiles. Les festivités associées connaîtront leur apogée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec tambours, danses, jeux et réjouissances publiques durant trois jours.

 

Les revenus générés par les moissons, récoltes et vendanges de la fin d’été étaient en effet propices à ces manifestations, votives à l’origine, exprimant un remerciement collectif. D’autres formes individuelles se donnaient à voir sur les parois du sanctuaire ou sur la statue dite « miraculeuse », comme les dons (poissons ou grappes en argent, bijoux, etc), ou les ex-voto montant au nombre d’une centaine inventoriés en 1906. De ces médaillons inscrits ou tableautins peints, il ne reste plus qu’une vingtaine aujourd’hui, dont le plus ancien date de la seconde moitié du XVIIe siècle. Des dépôts de ces marques de gratitude après des vœux exaucés ont dû exister bien avant. On a d’ailleurs consigné et revendiqué le premier « miracle » de Notre-Dame du Devens en 1633, concernant une jeune fille muette native de Barcelonnette ayant retrouvé la parole après ses dévotions de la Toussaint à la chapelle et le baiser déposé sur le pilier central du calvaire.

 

La fréquentation du sanctuaire ne s’est jamais véritablement interrompue. En témoignent un ex-voto de la période révolutionnaire et les très nombreux graffiti gravés ou tracés à la mine sur l’intrados de l’arc du portail d’entrée. Les plus anciens datent probablement du XVIIe siècle, le plus récent et lisible de 1927. A partir de la fin du XIXe siècle, Notre-Dame, désormais de Pitié, devient destination touristique et lieu d’inspiration artistique. Paul Ruat, fondateur de l’association des excursionnistes marseillais, en diffuse l’itinéraire et quelques bribes d’histoire dans son guide de 1896. En 1904 le poète félibre Elzéard Rougier lui consacre de très sensibles et émouvantes lignes publiées dans le journal La Vedette, soulignant l’attrait des artistes et des peintres pour le site et son exceptionnel paysage. Plusieurs œuvres de cette époque sont d’ailleurs connues, comme des aquarelles de Louis Jullien-Rousset et Joséphine Fabre-Bonifay, ou des tableaux de Louis Gènevray et Joseph-Marie Couston.

 

Depuis 1965, la chapelle et son site ont repris vie grâce à l’association des Amis du Vieux Marignane créée pour sa restauration. Aujourd’hui connue sous le nom des Amis de Marignane et de la Provence, elle continue d’en organiser les principales manifestations traditionnelles et culturelles.

 

Mars 2021.

Statue « miraculeuse » de Notre-Dame de Pitié parée pour la procession de septembre vers 1890-1900 ?

Collection particulière.

Procession du 7 septembre en compagnie de l’abbé Henri Jouve, vers 1930.

Collection particulière.

Procession du 8 septembre 1937. Photographie Aymar.

Collection particulière.

4.4_Procession_St-Mathieu.tif

Procession de la Saint-Mathieu le 21 septembre, vers 1930.

Archives municipales de Marignane.

« Pallet » ou petite tymbale utilisée à Marignane avec des baguettes et des cymbales, ayant probablement rythmé les festivités de Notre-Dame de septembre au XVIIIe siècle. (reproduit par Aubin-Louis Millin, Voyage dans les départemens du midi de la France. Atlas. 1807-1811).

Anonyme, Ex-voto d’une famille priant Notre-Dame de Pitié pour la guérison d'une personne malade. Vers 1690 ? Chapelle Notre-Dame de Pitié.

Graffiti portant la signature de « S. Antonin » 1912.

Intrados du portail de la chapelle de Notre-Dame de Pitié.

Graffiti portant la signature de « Jeanne » non daté.

Louis Gènevray (Dijon, 1867- ?).

Chapelle Notre-Dame de Pitié à Marignane.

Vente publique, 2016. Photographie droits réservés.

Louis Jullien-Rousset (Aix-en-Provence, 1859-1921).

Notre-Dame de Pitié.

Aquarelle, avant 1903. Localisation inconnue.

Photographie droits réservés.

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