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Notre-Dame et le site du Mont-Calvaire

Carte du site du Mont Calvaire.

La chapelle Notre-Dame de Pitié couronne le site religieux dit du « Mont du Calvaire » aux XVIIe et XVIIIe siècles, par analogie topographique avec l’histoire sainte. Lui-même coiffe le quartier du Devens, partie de l’ancien domaine seigneurial, aujourd’hui devenue forêt communale Notre-Dame qui s’étend sur 65 hectares. L’édifice religieux, étroitement lié à la nature et à l’histoire de son lieu d’implantation, a d’abord été connu sous le vocable de Notre-Dame « du Devens », puis « du Mont-Calvaire », enfin « de Pitié ».

Les « deffens » (provençalisés en « devens ») constituent depuis le Moyen âge des réserves seigneuriales pour le bois de leurs collines, leurs ressources minérales, les herbages de leurs garrigues et leur population giboyeuse pour la chasse. Celui de Marignane culmine avec la chapelle à 104 mètres et se délimite par les quartiers ruraux du Raumartin (ancien « Ros Martini » ou ruisseau des Martin), de Lacanau (« La Canal »), de l’Ansier (passage étroit), de Clamony (« Claumonilh » puis « Clos Monil », clé ou passage noueux), du Collet Rouge (ancien « Tor de Rosselh »), des Plaines, et de Bonjour.

 

Son sommet a été occupé entre le IVe et le IIe siècle avant J.-C. par un oppidum celto ligure qui a certainement employé les mêmes ressources minérales que la chapelle pour sa construction, et devait s’étendre en partie sous le sanctuaire. La fin du Moyen âge voit se multiplier les concessions de terres aux habitants et à leur communauté pour répondre à un appauvrissement généralisé en Provence autour de 1400. Le 26 juillet 1447 Gabriel Valori, seigneur de Marignane, accorde ainsi à la communauté des habitants les droits de ramassage du bois, de pâturage des troupeaux et de construction de fours à chaux sur le Devens. En 1462, sous Charles du Maine son successeur, on y dénombre déjà au moins 25 propriétaires à titre de bail emphytéotique, dont la communauté au sommet et à la pointe de l’éperon rocheux.

 

S’y déploient alors les cultures de vergers et de vignes, l’exploitation du bois et de la pierre calcaire, les activités pastorales, en faisant un des lieux les plus convoités par les laboureurs, les bergers et les tailleurs de pierre dès la fin du XVe et au début du XVIe siècle. On comptera au Devens 4 fours à chaux, dont un antérieur à 1462, une bergerie sur la crête face au probable ancien quartier dédié à la patronne des troupeaux sainte Maxime, une carrière attestée en 1526, une autre ouverte bien plus tard en 1958. C’est très certainement dans ce contexte mêlant agriculture, pastoralisme et exploitation de la pierre que la chapelle verra le jour, complétée par un calvaire en 1533, un chemin d’oratoires en 1541, un ermitage ne 1606, puis un autre calvaire en 1867. Le tout dominant un territoire et ses activités que le site religieux et sa titulaire ont à charge de protéger et d’immuniser.

 

Notre-Dame du Devens appartient par conséquent au réseau des chapelles rurales du terroir marignanais, reliant celles de Saint-Nicolas tenue par les mariniers de l’étang de Berre depuis le XIe siècle au moins, et celle de Sainte-Anne fondée en 1613 par la confrérie des veuves. On y associe aussi des sanctuaires disparus de longue date comme Saint-Hermès (probablement implanté au quartier de la Grande Estrade ou du Petit Cellier), Saint-Pierre dédié au patron des pêcheurs près de l’étang du Bolmon, et peut-être un simple oratoire médiéval qui aurait donné son nom au lieu-dit de Sainte-Maxime (actuel Sabatery ?), patronne des bergers. Si l’on y ajoute les chapelles des pénitents blancs (1610), du château (consacrée à saint Christophe jusqu’au XVIe siècle), du couvent des Minimes dédiée à sainte Marie-Madeleine vers 1700, Notre-Dame de Pitié fait partie des neuf chapelles connues qui ont ponctué le territoire marignanais au cours des siècles.

 

Mars 2021.

1.2_Cadastre_napoléonien.tif

Le Devens en 1818, d’après le cadastre napoléonien. Section C, feuille 2 (détail). Archives municipales de Marignane

Les chapelles du terroir de Marignane : Notre-Dame de Pitié, Saint-Nicolas (Saint-Joseph actuellement) et Sainte-Anne (détruite)

Joséphine Fabre-Bonifay (Marseille, 1874 - ?). Chemin de Notre-Dame de Pitié. 1903. Aquarelle. Digne, musée Gassendi. Photographie droits réservés.

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