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Les origines de la chapelle : lÉgendes et rÉalitÉs historiques

L’affection jamais démentie des fidèles, ses dimensions inhabituelles et sa situation dominante ont contribué à faire naître la légende autour des origines de la chapelle Notre-Dame de Pitié. La question apparaît en pleine vague anticléricale des années 1880-1910, sans avoir préoccupé les générations précédentes.

 

En 1881, l’abbé Edmond Marbot, vicaire général de l’archevêque d’Aix publiait pour la première fois l’histoire romancée et chevaleresque d’un sanctuaire édifié comme ex-voto d’un retour sain et sauf du chevalier de « Cauvet » seigneur de Marignane parti en croisade. L’invraisemblance historique des faits (les Covet n’ont acheté Marignane qu’en 1603, plus de quatre siècles après les croisades) suggère une tradition orale assez confuse peut-être transmise par l’abbé Louis Lillamand, curé de Marignane particulièrement investi dans la vie du sanctuaire. En 1911, l’abbé Henri Roquebrune, reprenait la légende dans son opuscule sur la chapelle. Selon ces premiers « historiens », elle aurait été reconstruite suite à la promesse formulée le 21 septembre par les habitants lors de dévastatrices inondations du bourg en 1635. Si ce vœu, prononcé par les consuls le jour de la Saint-Mathieu, paraît probable, rien dans les archives n’oriente vers une intervention sur le bâti de la chapelle. Mais trois siècles plus tard, l’abbé Henri Jouve, aussi curé de Marignane, s’emparait de la légende pour faire aménager l’esplanade et l’escalier conduisant au sanctuaire… à l’occasion d’un hypothétique tricentenaire à célébrer en 1935.

 

Plus récemment et dans le sillage du développement de l’archéologie locale, l’érudit marignanais Octave Sicard, auteur des premières fouilles de l’oppidum voisin, publiait en 1968 la conclusion de son étude sur l’ancienne chapelle Saint-Hermès, citée à Marignane en 1022. Avec quelques erreurs d’interprétation d’une charte médiévale, il en faisait l’ancêtre de Notre-Dame de Pitié. Mais Saint-Hermès n’existait déjà plus en 1213 d’après une liste des sanctuaires imposés à cette date.

 

La délibération du conseil de la communauté sur la fondation de l’ermitage de Notre-Dame du Devens en 1606 révèle en revanche l’existence d’un four à chaux, devenu petite habitation à convertir en lieu de retrait. Cité comme partie du bâtiment à intégrer dans le nouvel ermitage construit en 1643, il a pu être identifié à la saillie au nord de l’actuelle maison du gardien, jadis utilisée comme couloir puis sacristie communiquant avec la chapelle, voûtée de croisillons en 1645. L’observation du bâti confirme que ce four à chaux originel a servi d’appui à l’angle sud-est du sanctuaire, permettant d’y économiser l’imposant contrefort qui flanque l’autre côté au nord du chevet. Les fours n’ayant été autorisés sur le Devens qu’à partir de 1447, la chapelle que celui-ci a probablement permis de construire, ne peut être que postérieure à cette date.

 

On ne la trouve nommément mentionnée qu’à partir de 1540, dans le testament du riche laboureur et marchand marignanais Etienne Barron qui lui accordait un très généreux legs pour des « réparations », suggérant un état d’ancienneté nécessitant déjà intervention. Par ailleurs, l’apparition de la carrière de la « pointe du Devens » entre 1462 et 1526 pourrait bien être liée au besoin de pierres faciles à transporter pour l’édification de Notre-Dame et/ou de son four à chaux, ainsi datables de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle.

 

Les documents du XVIIe siècle précisent que la chapelle primitive, reconstruite entre 1650 et 1656, avait la longueur de l’actuelle maison de l’ermitage, sans son jardin, probablement la même largeur que celle d’aujourd’hui, et était déjà flanquée de contreforts. La portion mitoyenne à l’ermitage, antérieur à la chapelle moderne, conserve avec quasi-certitude un pan des murailles du sanctuaire originel. Les fenêtres de l’ancienne façade ont servi de modèle aux nouvelles, tout comme les bancs de pierres autour de l’édifice.

 

Mars 2021.

Portrait de l’abbé Henri Eugène Jouve (Tarascon, 1877-1947),

curé de Marignane de 1923 à 1938.

Collection particulière, déposée à la chapelle Notre-Dame de Pitié.

Plan supposé de la chapelle primitive superposé à celui de la chapelle actuelle.

2.2_Plan_chapelle_primitive.tif
2.3_Saillie_de_l'ermitage.tif

Vue de la saillie de l’ancien four à chaux au nord de l’ermitage.

Voûte à croisillon créée en 1645 dans l’ancien four à chaux devenu ermitage.

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