lA RECONSTRUCTION DE 1650-1656


A la suite des vœux de Louis XIII mettant le royaume de France sous la protection de la Vierge, la Provence se couvre de sanctuaires mariaux revendiquant miracles et attirant pèlerins. Marignane demande une telle reconnaissance dès 1633 pour la chapelle Notre-Dame du Devens où une jeune fille muette aurait miraculeusement recouvré la parole. En 1635, la communauté aurait à nouveau fait valoir l’intervention et la grâce de Notre-Dame lors d’une dévastatrice inondation du bourg. Mal éclairée, probablement de plus en plus délabrée mais aussi de plus en plus fréquentée, la chapelle fait l’objet d’un premier projet d’agrandissement, confié en 1650 à Esprit Vionnet, maçon de Vitrolles. On ne sait si le contrat a été honoré, mais il semble que quatre ans plus tard, de nouvelles constructions sont commencées à leur base et à poursuivre.
Entre-temps, le frère et ermite Giraud Obrier a passé testament à Berre le 8 janvier 1654 pour léguer ses biens aux pères minimes de Marignane, à la luminaire de Notre-Dame du Devens et à un particulier berrois. Tous se rassemblent après son décès pour mettre en commun l’héritage au profit de la reconstruction de la chapelle. La communauté s’y associe et toutes les confréries de la paroisse contribuent à l’effort financier. Les prieurs et marguilliers de Notre-Dame du Devens Jean-Baptiste Lambert, apothicaire, et Louis Eyssautier, marchand, initient et supervisent alors un chantier mené pendant plus d’un an, souvent par avance prise sur leur cassette personnelle.
Le prix-fait de 1100 livres est donné le 24 avril 1655 au tailleur de pierre aixois Jean Honorat, d’abord associé aux « gipiers » Claude David et Pierre Laugier, très vite remplacés par une nouvelle équipe constituée des maçons aixois Claude François et Mathieu Mus, en collaboration avec le Marignanais Jean Quérean. La confection d’une nouvelle cloche est en même temps commandée au fondeur Pierre Gourdan de Marseille. L’ancienne chapelle doit être abattue, les pierres remployées pour une nouvelle construction de meilleure mise en œuvre, aux murs plus épais et surélevée jusqu’à la hauteur de 4 cannes (7,95 mètres environ) au sommet du pignon. Mais il semble qu’une subvention de 150 livres de la communauté permette de conserver l’ancien bâti et de l’agrandir vers l’avant d’une travée supplémentaire. La muraille nord-est protégeant les fidèles et visiteurs des vents du nord, déjà existante, est aussi réédifiée.
La rénovation se manifeste essentiellement à travers l’architecture du portail réalisé en pierre rose de La Couronne, probablement d’après un dessin de Jean Honorat, tailleur et maître d’œuvre de l’ensemble. L’entrée adopte le style Louis XIII, avec pilastres sectionnés, pointe de diamant à la clé de l’arc, chapiteaux doriques, entablement à métopes, fronton brisé à volutes, édicule et niche à coquille, enfin trois pinacles surmontés de demi-sphères. Un nouvel oculus vient éclairer le sanctuaire, surmonté à l’origine d’un clocheton de pierre froide blanche hérissé de trois pyramides, à l’instar de la maison commune rénovée quelques années auparavant dans le bourg. Il sera remplacé par une croix celtique en pierre au XIXe siècle, en béton au XXe. Un groupe sculpté de la Pietà, dérobé dans les années 1960, occupe la niche centrale, Exécuté selon un modèle archaïque et avec une certaine raideur, on n’en connaît ni l’auteur ni la date de la commande. A l’intérieur, deux nouveaux arcs doubleaux en pierre de la Couronne reprennent le matériau du portail. La luminosité du sanctuaire est amplifiée par l’ouverture de trois fenêtres au nord, dont une seule subsiste aujourd’hui. A l’extérieur, il est enduit à chaux et sable, celui des bords de l’étang de Bolmon.
Achevé pour la fête de la Nativité de Notre-Dame, le 8 septembre 1656, le chantier fait l’objet d’une quittance finale le 30 septembre. Un nouveau retable classique en bois surdoré, à colonnes et fronton brisé, est probablement déjà installé, ou sur le point de l’être, orné d’une toile de la Pietà peinte à Rome et attribuable à Pierre Mignard. Les rapports des visites épiscopales témoigneront à partir de 1663 de la richesse du mobilier et des ornements de la chapelle. De 1656 au début du XXe siècle, elle marquera le paysage de la blancheur éclatante de son enduit à la chaux. Trois restaurations successives de 1965 à 2015 lui donneront son aspect actuel.
Mars 2021.

Signature de Jean Honorat, tailleur de pierre d’Aix et maître d’œuvre de la chapelle, 1656
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 304 E 67).

Signature du maçon Claude François d’Aix, 1655
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 304 E 66).

Signature du maçon Jean Quérean ou « Queyreant » de Marignane, 1655
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 304 E 66).
Evocation de la façade surmontée de son clocheton à pyramides d’après le prix-fait de 1655.


Vue intérieure de la chapelle.

Fantôme du retable de 1656 arraché dans les années 1960.
Collection particulière.
