La carrière et les calvaires de la "pointe du devens"


L’éperon rocheux dominé par l’ancien calvaire est connu depuis le Moyen Âge comme « pointe du Devens », « puncta deffensi » en 1462, « pencha del devens » en 1526. A cette date apparaît pour la première fois la « carreyrado » desservie par un chemin constituant la limite d’une terre appartenant au tailleur de pierre Maurice Reynier. En 1462, un document décrivant la même parcelle ignorait cette carrière. Probablement ouverte entre 1462 et 1526, elle aurait permis de fournir la pierre nécessaire à la construction du four à chaux antérieur au sanctuaire, et certainement de la chapelle Notre-Dame du Devens elle-même. Parmi les roches taillées à pans verticaux, on y reconnaît des arêtes et des traces d’extractions de blocs à angles droits. Une carrière existait déjà au XVe siècle sous le nom des « Peyreras » situées sur le chemin de Carry ou actuelle route de Laure. Mais il aurait été fastidieux d’en monter les pierres jusqu’au sommet du Devens.
Quelques années après est érigé le calvaire constitué de trois « pilons » monolithiques surmontés de croix métalliques. La pierre meulière employée pourrait provenir de la « Molar », un lieu-dit situé au XVe siècle entre les Granettes et Sabatery. Portant la date de 1533 gravée sur le pilier central, il aurait bien pu voir le jour à l’occasion du séjour de François Ier, seigneur de Marignane, au mois d’octobre de cette année. D’après le testament d’Etienne Barron qui souhaite voir confiée en 1540 une de ses volontés au sculpteur pertuisien Nicolas Petit, cet « imagier » serait l’auteur du calvaire. Spécialisé dans la représentation de figures, on se demande si son œuvre ne comportait pas à l’origine des statues telles que celles du Christ en croix, des larrons crucifiés, de la Vierge, saint Jean, voire Marie Madeleine au pied de la croix. Le pilon du nord, endommagé, abattu puis entreposé derrière l’ermitage, a été remplacé au XXe siècle par une structure de béton armé.
Le calvaire constituait l’aboutissement d’un chemin de sept oratoires édifiés et sculptés en 1541 comme dernière volonté du riche laboureur et marchand Etienne Barron. Son testament de 1540 prévoyait un legs de 40 écus d’or pour ces édicules ponctuant le chemin du Devens depuis la sortie du bourg au pont de la Cadière. Probablement conçu sur le modèle des sept oratoires de la Sainte-Baume réalisés en 1517, le projet a été confié au sculpteur pertuisien Nicolas Petit. Bien décrites par le poète félibre Elzéard Rougier de passage à Marignane en 1904, les stations ont été vandalisées quelques années auparavant. Des sept reliefs narrant les épisodes de la Passion, il ne reste que le dernier figurant le Portement de croix retrouvé dans les broussailles en contrebas du calvaire et conservé dans la chapelle.
En 1867, le curé Denis Roux, en pleine période de renouveau catholique, renouvelle le geste du don et, après acquittement d’un droit d’usage sur la parcelle communale, y fait ériger le second calvaire sur un piédestal de pierre froide. De part et d’autre se dressaient deux fanaux dont ne subsistent que les socles octogonaux taillés sur la base. Vandalisé en 1903, l’arbre du crucifix a été abattu, laissant un Christ flotter dans les airs, au dessus d’un fantôme de plaque commémorative ou dédicatoire arrachée, et des fanaux mis à terre.
La situation surplombante de ces croix multipliées au sommet du Devens laisse penser que le site marquait aussi l’aboutissement d’un autre chemin que celui des oratoires, et d’une procession autre que celle de Notre-Dame. Celle des Rogations (attestée à Marignane de 1628 jusqu’au XIXe siècle), destinée à protéger les futures récoltes trois jours avant l’Ascension, empruntait en effet un parcours reliant les croix de la commune et de la paroisse jusqu’à la plus élevée afin d’y immuniser par voie aérienne tout le terroir. La croix de 1712 encore visible à l’extrémité de la montée du Collet Rouge pourrait ainsi constituer l’avant dernière étape de cette marche vers l’ultime calvaire.
Mars 2021.

Vues de la carrière ouverte entre 1462 et 1526.

Date de 1533 gravée sur le pilier central du calvaire sculpté par Nicolas Petit de Pertuis.

Relief du septième oratoire : le Christ tombant sous le poids de la croix sculpté par Nicolas Petit en 1541 (conservé dans la chapelle).

Carte du chemin des oratoires de 1541 établie d’après le cadastre napoléonien de 1818, les témoignages d’Elzéard Rougier (1904) et de l’abbé Bertholin.

Croix du chemin du Collet Rouge, 1712.

Joseph-Marie Couston (Marseille, 1880-1961). Les calvaires de Notre-Dame de Pitié. Vers 1910-1920. Vente publique, 2014. Photographie droits réservés.
